Pourquoi faut-il protéger nos forêts et nos océans ?

Cet été, pendant près de 15 jours, la Gironde s'est transformée en un véritable brasier. En effet, plus de 20 000 hectares ont brulé, relâchant des quantités énormes de Co2 dans l’atmosphère et impactant fortement la biodiversité. L’année dernière, c’était la Grèce et en 2020 les méga-feux ont ravagé la Californie et l’Australie. Les Australiens ont même qualifié la saison des feux de 2019-2020 de “Black Summer”. Près de 3 milliards d'animaux ont été tués ou ont migré durant ces incendies.

L’océan ne se porte pas beaucoup mieux. Plus chaud, plus acide, il se dérègle, son niveau monte et il se vide de ses habitants. La cause ? La pollution, la surpêche et son rôle de puits de carbone entre autres maux. Loin de nous, nous y faisons moins attention, mais l’impactons quand même profondément.

Les forêts comme les océans sont essentiels pour les espèces animales et végétales, nous compris. En plus d’être nos plus grands puits de carbone, ils sont le refuge d’une immense biodiversité dont notre survie dépend. Alors comment peut-on les protéger ? Quel impact positif leur préservation peut-elle avoir sur le climat et la biodiversité ?

Les forêts : le poumon vert de la Terre

On décrit souvent l’Amazonie comme le poumon de notre planète ! Ce n’est pas sans raison, elle représente à elle seule 5% de la surface des terres émergées, abrite 10% de la biodiversité mondiale et joue un rôle important dans la régulation du climat. Selon Greenpeace, l’Amazonie renfermerait entre 80 et 120 milliards de tonnes de carbone, captés grâce à l’action de sa végétation. Pourtant, c’est aussi l’une des plus menacées : les forêts, qui sont au coeur de l’équilibre climatique et de la biodiversité, sont en danger.

Un bien commun de l’humanité

Les forêts sont d'une richesse inestimable et ont un rôle clé pour le climat et le vivant. Et pas seulement les forêts tropicales, toutes les forêts sont importantes. Par le mécanisme de photosynthèse, la végétation capte du dioxyde de carbone (CO2) en grande quantité et le stockent sous forme solide. On estime que les forêts captent et stockent 30% des émissions mondiales de carbone dans leur biomasse. Les forêts assainissent aussi l’air et l’eau en filtrant les poussières et les bactéries. Elles régulent le cycle de l’eau et préviennent l’érosion des sols. Lorsqu’il pleut, les forêts régulent l’écoulement et permettent que l’eau soit bien absorbées par les sols. Une partie de l’eau de pluie qui tombe sur les forêts remonte dans les airs grâce à l’évapotranspiration des arbres tandis que le reste permet de nourrir les végétaux et de remplir les nappes phréatiques.

Les forêts sont également un habitat pour de nombreuses espèces animales et végétales qui vivent en interdépendance. Elles recouvrent 31% de la superficie totale des terres et hébergent 80% de la biodiversité mondiale, principalement des mammifères, des oiseaux, des insectes et des décomposeurs, dont nous ne connaissons qu’une faible partie. En effet, si nous avons découvert, décrit et catalogué 1,23 million d’espèces, le nombre d’espèces dans le monde est estimé à 8,7 millions.

Enfin, de nombreux peuples autochtones continuent aujourd’hui de subvenir à leurs besoins quotidiens grâce aux forêts. L’Amazonie à elle seule compte 34 millions d’habitants dont des centaines de milliers de peuples autochtones. Préserver ces écosystèmes, c’est donc aussi préserver les ressources et habitants de populations qui y vivent et en vivent depuis des générations.

C’est en cela que nous pouvons considérer que nos forêts sont un bien commun de l’humanité. Si vous en doutez, regardez les documentaires réalisés par Sir David Attenborough notamment Planet Earth. On y découvre les merveilles du vivant, animal comme végétal et leur rôle essentiel dans l’équilibre de la vie sur Terre. Pourtant, nos forêts ne sont pas protégées comme tel : déforestation, incendies, pollution, exploitation, nos forêts sont bien mal en point.

Nos forêts sont menacées par les activités humaines

En mai 2019, l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques qui est l’équivalent du GIEC pour la biodiversité) a publié un rapport alarmant sur l’évolution de la biodiversité mondiale. D’après cette étude, 60% des populations de vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, mammifères, oiseaux) ont disparu depuis 40 ans et 1 million d’espèces sont menacées d’extinction sur les 8 millions existantes.

Le nombre d’êtres vivants à l’état sauvage sur Terre s’effondre, en particulier dans les forêts. Ainsi, entre 1970 et 2014, les populations d’animaux des forêts mondiales ont diminué de 53 %. L’une des causes principales de ce déclin est la déforestation. Si elle est moins importante que par le passé, plus de 10 millions d’hectares par an ont été rasés ou brûlés entre 2015 et 2020. C’est l’équivalent de 14 millions de terrains de football. Chaque année. Et chaque minute, c’est l’équivalent de 30 terrains de football de surface de forêt tropicale qui disparaissent dans le monde (source Planète urgence). L’Amazonie brésilienne a perdu 15,4% de son couvert forestier entre 2004 et 2017.

Evolution de la déforestation en Amazonie
Evolution de la déforestation en Amazonie

Globalement, on peut affirmer que les êtres humains déforestent toujours massivement, contre toute logique climatique ou de biodiversité, et bien sûr, en dépit des alertes répétées des scientifiques et ONGs. Mais pourquoi est-ce que ces forêts sont coupées et brûlées par millions d’hectares ? Sans grande surprise : pour leur potentiel économique.

Trafic illégal de bois, déboisement pour l’élevage bovin, pour les cultures intensives de soja (utilisées en grande partie pour l’élevage bovin), de palmier à huile ou d’hévéa, pour des projets d’infrastructures gigantesques… L’humanité s’étend et nuit à ses propres intérêts vitaux comme elle nuit aux êtres vivants que les forêts abritent. L’industrie agroalimentaire serait à elle seule à l’origine de 80% de cette déforestation.

Au-delà des pertes énormes de biodiversité, la déforestation restreint une source essentielle de séquestration du carbone et provoque des émissions de CO2 importantes. En effet, quand un arbre meurt, il libère une bonne partie du CO2 qu’il stockait jusque-là, surtout s’il est brûlé. Les forêts mettent des années voire des décennies à reconstituer ce qui a été perdu, quand c’est possible.

La Nasa a pourtant affirmé en 2019 que la planète se verdirait : les surfaces de verdure ont augmenté de 5 % entre 2000 et 2017, soit une superficie supplémentaire équivalente à celle de la forêt amazonienne. C’est certes vrai, mais cela cache une réalité bien moins positive ! D’une part, les nouvelles surfaces végétales ne remplacent pas la perte de forêts primaires et tropicales. D’autres part, 70% du verdissement observé de la planète est lié… au Co2 toujours plus présent dans l’atmosphère. Enfin, les forêts diverses sont remplacées par des monocultures, qui nécessitent de nombreux intrants chimiques pour se développer, ne laissant aucune place à la biodiversité et abimant les sols. Ces monocultures sont fragiles face aux incendies et aux ravageurs, et leur unique but est d’être exploitées.

Les océans : le trésor de la planète bleue

Sans océans, pas de vie sur Terre

Les océans sont également un trésor considérable. Les êtres vivants marins qui y vivent nourrissent 1 milliard d’hommes et de femmes. De nombreuses populations sont dépendantes de la pêche pour leur survie.

Les récifs coralliens sont à eux seuls un réservoir de biodiversité essentiel pour la faune marine. Ils abritent 25% de la vie marine pour seulement 0,25% de la surface des océans. Un quart des poissons de nos océans y grandissent donc, et cela inclut certaines des espèces que nous consommons. Enfin les coraux, comment les mangroves, jouent un rôle dans la protection des littoraux face aux événements climatiques comme les ouragans ou les typhons.

Surtout, on estime que jusqu’à 30% du CO2 mondial émis chaque année par les activités humaines est absorbé par les océans : soit par simple dissolution du gaz dans l’eau (90% de l’absorption), soit par le mécanisme de photosynthèse des espèces végétales vivants en suspension dans l’eau, les phytoplanctons (10% de l’absorption).

Ce même mécanisme de photosynthèse des phytoplanctons permet de rejeter 50% de l’oxygène mondial dans l’atmosphère, indispensable à la vie humaine. Pour simplifier, une respiration sur deux que vous réalisez, c’est grâce à la photosynthèse des phytoplanctons.

Les phytoplanctons sont nos amis
Les phytoplanctons sont nos amis

En plus de ça, les océans stockent 93% de l’énergie produite en surplus sous forme de chaleur. C’est-à-dire que les gaz à effet de serre émis par les activités humaines augmentent la température atmosphérique et cette chaleur en surplus se retrouve piégée dans l’eau. Ensemble, on estime que les forêts et les océans captent plus de 60% des émissions de CO2 mondiales. Leur préservation est donc essentielle.

Les océans vidés par la surpêche

Les problèmes liés aux activités humaines sont multiples. Le premier et le plus direct est celui de la surpêche. Le problème est simple : nous prélevons plus de poissons et de crustacés que ce que l’océan ne peut renouveler.

Depuis les années 1970, la pêche est devenue industrielle pour répondre à une demande mondiale croissante. Nous pêchons aujourd’hui 90 millions de tonnes de poissons et autres animaux aquatiques par an. Pour vous donner un ordre de grandeur, c’est l’équivalent de 70 000 poids lourds de 3,5 tonnes qui sont pêchés par jour.

Mais que fait ce requin dans ces filets de (sur)pêche ??
Mais que fait ce requin dans ces filets de (sur)pêche ??

Le résultat ? L’épuisement des fonds marins : 70% des stocks halieutiques (les poissons) sont surexploités. Nous pêchons trop de poissons en trop peu de temps et ils n’ont plus le temps de se reconstituer et finissent par s’effondrer.

En 2020 en France, les poissons les plus menacés par la surpêche sont dans cet ordre :

  • Le merlu et le cabillaud (terminées les brandades de mamie !)

  • Le chinchard et la sole

  • L'églefin et le merlan

Si l’on épuise les stocks de poissons sauvages, pourquoi ne pas se tourner vers l’aquaculture ? L’aquaculture (élevage de produits de la mer) est née en réponse à la demande mondiale croissante de poisson et au problème de surpêche. La moitié des produits de la mer que nous consommons aujourd’hui est issue de l’aquaculture. Sauf que c’est une fausse-bonne idée.

L’aquaculture n’est pas encore gérée de manière très durable. D’abord, la plupart des poissons d’élevage sont carnivores. Ils sont entre autres alimentés à base de … farines de poissons sauvages. 20% de la pêche sauvage est destinée à l’aquaculture : un non sens écologique.

L’aquaculture détruit aussi les mangroves (des forêts d’arbres tropicaux qui poussent au bord de l’eau) qui sont des écosystèmes parmi les plus riches en espèces vivantes de la planète. C’est par exemple le cas à Mangunharjo en Indonésie ou en Equateur avec la culture des crevettes.

Enfin, l’aquaculture pose les mêmes problèmes que l’agriculture intensive : dans ces fermes, on utilise beaucoup de produits chimiques, d’antibiotiques et on rejette beaucoup de déchets. Le film Artifishal (produit par Patagonia) montre que la salmoniculture (l’élevage intensif de saumons) a mené à un affaiblissement de ces poissons, davantage sujets à des maladies et à l’appauvrissement de leur écosystème.

La pollution jusque dans les poissons

En plus de la surpêche, les écosystèmes marins sont impactés par la pollution humaine, et notamment la pollution plastique. Chaque minute, l’équivalent d’un camion poubelle de plastique est déversé dans l’océan d’après Greenpeace. Entre 60 et 80% de la pollution marine est d’origine terrestre (pollutions agricoles, rejet de fertilisants, déchets non traités, plastiques etc.).

Ces déchets notamment plastiques peuvent avoir des conséquences à très long terme sur les océans dans la mesure où ils ne se dégradent pas rapidement. Ils peuvent donc s’accumuler et former des continents de plastiques ou pire, se retrouver dans l’estomac, voire dans la chair des animaux marins et leur créer des troubles mortels.

Campagne de Sea Shepherd contre la pollution des océans
Campagne de Sea Shepherd contre la pollution des océans

À ce jour, il y a 150 millions de tonnes de plastique dans l’océan. À ce rythme, il y aura 1 tonne de plastique pour 3 tonnes de poissons en 2025.

Une autre conséquence des activités humaines est la contamination par le mercure et autres produits chimiques de certains poissons comme l’espadon ou le maquereau royal. Et quand nous mangeons les poissons, nous mangeons la pollution qu’ils ont eux-mêmes absorbés : un retour de bâton, en quelques sortes.

L’acidification, le coup de grâce pour les océans ?

Comme présenté plus tôt, une grande partie du carbone émis par nos activités est dissout dans les océans. La conséquence de cette absorption est une réaction chimique qui entraîne une diminution du pH de l’eau. Plus concrètement, les océans deviennent plus acides. Qu’est-ce que cela change concrètement ?

Cette modification rend le renouvellement des phytoplanctons plus complexe. Or ces planctons sont à la base de la chaîne alimentaire marine et ils contribuent massivement à l’oxygénation des océans et de l’atmosphère. L’enjeu est donc crucial.

L’acidification des océans nuit également au développement des animaux qui possèdent une coquilles ou des coraux. Ces derniers finissent par se dégrader. Comme mentionné plus haut, les coraux sont des écosystèmes très riches qui abritent des poissons, des algues et des organismes endémiques. Ils sont aujourd’hui menacés de disparaître en totalité avant 2050.

Face à cela, il faut agir. Nous avons le pouvoir de faire évoluer notre comportement pour protéger durablement les océans et les forêts. Notre message, c’est que tous et toutes ensemble, en transformant nos habitudes de vie, nous avons un grand pouvoir pour diminuer notre impact sur l’environnement.

Avec des petites actions au quotidien et des engagements personnels, il est possible de réduire la pression sur nos forêts, sur nos océans et sur la biodiversité qui font la richesse de notre existence.

Voici quelques idées pour changer les choses :

  • Adapter son régime alimentaire pour :

    • Remplacer les protéines animales (notamment le bœuf) par des protéines végétales.

    • Éviter de manger des poissons connus pour être surpêchés (merlu, cabillaud, sole, chinchard).

    • Réduire notre consommation de saumons issus de fermes piscicoles.

    • Privilégier les poissonniers qui s’approvisionnent auprès de petits pêcheurs.

  • Diminuer sa consommation de plastiques, notamment ceux à usage unique, et de produits chimiques. En été, faire attention à l’utilisation des crèmes solaires avant de se baigner. Elles sont nocives pour les coraux et les poissons (il en existe des respectueuses de l’environnement).

  • Accompagner des entreprises plus durables et encourager le développement d’alternatives plus respectueuses de l’environnement, en rejoignant avec Green-Got.

On vous laisse avec ces mots de celui dont la voix et la vie nous inspirent :

“Nous avons encore un chance de les sauver” : sauver le vivant, les forêts et les océans. Saisissons-là !

L'essentiel à retenir

  • Quelle est la part du CO2 mondial qui est absorbé par les océans ? Les océans jouent un rôle central dans l'absorption du CO2 d'origine anthropique : ils absorbent 30% du CO2 mondial. C'est grâce en grande partie à la simple dissolution du gaz dans l’eau (90% de l’absorption) et par le mécanisme de photosynthèse des espèces végétales vivants.

  • Quelle part de la population des vertébrés a disparu depuis 40 ans ? En 2019, l'IPBES a révélé que 60% des populations de vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, mammifères, oiseaux) ont disparu depuis 40 ans.

  • Quelles sont les espèces de poissons les plus menacées par la surpêche en France ? En 2020 en France, les poissons les plus menacés par la surpêche sont le merlu, le cabillaud, le chinchard, la sole, l'églefin et le merlan. Ces poissons sont donc à éviter lorsque vous vous rendez chez le poissonnier ou au restaurant.

  • Combien de tonnes de plastique y a-t-il dans la mer ? À ce jour, il y a 150 millions de tonnes de plastique dans l’océan. A certains endroits comme dans le Nord-Est du Pacifique, il y a tellement de plastiques accumulés que l'on a rebaptisé cet amas le 7ème continent.