Décarboner l'énergie : le défi de la transition

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Entre décarbonation et sobriété : les enjeux du financement de la transition énergétique 

Dans son avertissement le plus important à ce jour, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a appelé le 18 mai 2021 à « réduire drastiquement les énergies fossiles » et « à ne plus vendre de nouvelles voitures thermiques après 2035 » pour atteindre nos objectifs climatiques fixés par l'Accord de Paris. 

L’énergie, sa production, sa transformation et sa consommation, est au cœur des enjeux de la transition écologique et du réchauffement climatique alors même qu’en 2012, plus de 15% de la population mondiale n’avait pas d’accès sécurisé et régulier à l’électricité (Banque Mondiale, 2012).

L’énergie que nous consommons pour produire de l’électricité ou nous chauffer est la première source d’émission de carbone (CO2) mondiale du fait de ses sources principales : le charbon, le pétrole et le gaz naturel. En consommer moins et en réduire l’intensité CO2 sont nos priorités pour limiter le réchauffement climatique. 

💸 Les banques ont investi plus de 640 milliards d’euros dans les énergies fossiles en 2020. 

Réaliser cette transition n’est pas simple : il s’agit à la fois de décarboner le mix énergétique mondial en se tournant vers des énergies décarbonées et renouvelables, mais aussi de réduire notre demande d’énergie et d’en répartir également l’accès

Et pour l’instant ça part mal. Selon l’étude Banking on Climate Chaos de l’ONG Rainforest Action, les banques ont investi plus de 640 milliards d’euros dans les énergies fossiles en 2020. Ce chiffre est d’autant plus énorme qu’il a augmenté de 6 % depuis 2016, suite à la COP21.

En tenant compte des émissions relatives à l’extraction et à la transformation, le secteur de la production d’énergie représente plus du tiers des émissions mondiales des GES (gaz à effet de serre), soit environ 34 % en 2010 selon le GIEC.

Répartition mondiale des émissions de GES en 2020, Dossier Scientifique de Time for the Planet
Répartition mondiale des émissions de GES en 2020, Dossier Scientifique de Time for the Planet

C’est pourquoi le financement du développement des énergies vertes et renouvelables via la finance, et notamment grâce aux investissements des membres de Green-Got est une des priorités pour éviter le dérèglement climatique.

C’est quoi déjà l’énergie Jamy ?

Pas facile à définir... mais essayons quand même. L'énergie, c'est la capacité nécessaire pour transformer notre environnement : dès que quelque chose change de vitesse, de mouvement, de température, de forme... l’énergie entre en jeu. Le mot vient d'ailleurs du grec et signifie « force en action ». 

Énergie n.f [enɛʁʒi] Capacité à modifier un état ou à produire un travail entraînant un mouvement ou générant un rayonnement électromagnétique - de la lumière, par exemple - ou de la chaleur. On la rencontre sous de nombreuses formes : énergie cinétique, potentielle, mécanique, électrique, chimique, chaleur, etc.

Quand on parle de production d'énergie, on parle donc d'un changement d'état. Plus concrètement : on ne produit jamais de l'énergie à partir de rien. On transforme une énergie en une autre énergie.

On parle d’une source d’énergie primaire pour désigner l’énergie telle qu’on la trouve dans la nature. Ça correspond à tout ce qui brûle (charbon, pétrole, bois), à la force des éléments (vent, eau) et au rayonnement électromagnétique (soleil). L'énergie n'est donc jamais consommée, elle ne disparaît pas, mais est seulement convertie.

👉 Faisons un parallèle avec le corps humain pour mieux voir comment ça marche : 

Pour fonctionner votre corps a besoin d’un apport en énergie. Sous sa forme primaire, il s’agit de calories contenues dans les aliments notamment avec les glucides. Ils servent de “carburant” : leur rôle principal est d’apporter de l’énergie aux cellules de l’organisme (notamment pour respirer, penser ou se déplacer !).

Ce carburant vous permet de maintenir votre corps à 37 °C, de vous mettre en mouvement pour aller au bureau et de courir après votre métro parce que vous n’avez pas entendu votre réveil ! L’énergie ne disparaît donc pas, elle devient de la chaleur, du mouvement, etc.

Et toutes les calories ne se valent pas. Certaines sont bénéfiques pour notre corps, car elles sont contenues dans des aliments qui nous apportent aussi des fibres, des vitamines ou encore des protéines. D’autres en revanche sont liées à de la « malbouffe » : comme les énergies fossiles, ils sont un concentré d’énergie, mais très pauvres nutritionnellement et ont des conséquences négatives sur votre santé à court et à long terme !

C’est pourquoi on nous a toujours dit de manger des épinards, comme Popeye !

Popeye mange des épinards, les machines utilisent de l'énergie.
Popeye mange des épinards, les machines utilisent de l'énergie.

Bon, pourquoi on vous raconte tout ça ? Parce que l'énergie est devenue le facteur clé de l'économie mondiale, qui repose presque entièrement dessus. Elle est le carburant qui permet à notre société de fonctionner, le coeur d’un régime alimentaire très, très carboné.  

Une société de machines, qui se nourrissent… d’énergie !

À l’origine, nous n’avions que la force de nos bras. Puis nous avons domestiqué les animaux et enfin inventé des machines, toujours plus sophistiquées, toujours plus puissantes, pour transformer notre environnement. Et ces machines ont besoin d’énergie pour fonctionner. 

Aujourd’hui, dans leur immense majorité, elles utilisent de l’énergie issue de combustibles fossiles, qui, comme l'explique bien Jean-Marc Jancovici (ingénieur spécialiste de l'énergie et président du Shift Project), peuvent être vues comme des croquettes pour machines. 

Sauf que la crise climatique demande de transformer complètement notre production et utilisation de l’énergie. Et c’est là que ça coince. 

Les machines sont à l'origine de l'essor de notre société

Pour faire simple, depuis la révolution industrielle du XIXe siècle, nous avons dopé notre société aux énergies fossiles : charbon, gaz et pétrole. Ce qui nous a permis de mettre en fonctionnement un parc gigantesque de machines : de votre machine à café, à l'imprimante 3D, en passant par les avions et les plateformes pétrolières. 

Le monde s’est développé rapidement en 2 siècles grâce au développement des machines qui ont été mises au travail au profit de l’humanité. La production de tous nos biens et services repose sur l’utilisation de ces machines !

Un pouvoir de transformation immense

Regardez autour de vous. Pouvez-vous compter le nombre d’objets qui ont nécessité une ou plusieurs machines pour être fabriqués ? Ou plutôt citer un objet qui n’a eu besoin d’aucunes pour être fabriqué ? Difficile n’est-ce-pas ? Dit autrement, notre société actuelle, avec ses routes, ses smartphones et ses réseaux sociaux, n’a été possible que parce qu’on a mis en fonctionnement des machines bien plus nombreuses et bien plus puissantes que les humains et humaines pour produire des biens et services en grande quantité. 

Selon la machine, cette puissance varie entre l’équivalent de celle d'un homme ou d'une femme sur une année (l’ampoule à incandescence) à plusieurs millions de fois ça (comme l’avion ou le laminoir) ! Et oui, grâce à nos machines, nous sommes devenu·es des Iron Man du quotidien (sans le costume rouge et doré bien sûr !). 

Toutes ces machines, qui travaillent jour et nuit pour nous, peuvent donc être vues comme les esclaves énergétiques modernes (avec un risque de révolte faible). En échange d’un peu (beaucoup) d’énergie, le progrès technique nous permet de satisfaire de nombreux besoins : de rédiger cet article, de lancer notre application et de créer une banque responsable. 

Malheureusement, le revers de la médaille, c’est qu’elles nous mènent loin d’un développement durable si on continue d’en consommer en trop grande quantité. 

Quand les énergies fossiles sentent le gaz

Ces machines ne poseraient pas (autant) de problèmes, si elles ne reposaient pas essentiellement sur les énergies fossiles. Comme vous pouvez le voir sur le graphique ci-dessous (source ici), le mix énergétique mondial en 2019 est composé à 84 % de charbon, de gaz naturel et de pétrole.

Camembert de la consommation d'énergie primaire dans le monde en 2019
Camembert de la consommation d'énergie primaire dans le monde en 2019

🛢 84 % des besoins mondiaux en énergie primaire sont actuellement comblés par le pétrole, le charbon et le gaz. 

Et comme le montre cette infographie de l’association Qui est vert ?, ces énergies primaires sont bien plus émettrices de CO2 que les autres. Vous pouvez voir que le gaz émet plus de 400 g de CO2, le pétrole émet plus de 700 g de CO2 et le charbon plus de 1 000 g de CO2 !

Infographie présentant la quantité de CO2 émise par type d'énergie
Infographie présentant la quantité de CO2 émise par type d'énergie

Sauf qu’aujourd’hui, nous n’avons plus le choix : pour rester sous la barre des 2 degrés de réchauffement climatique global, il nous faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Et pour ça deux solutions se présentent à nous : 

  • Développer les énergies qui nous permettent de décarboner notre mix énergétique

     

  • Penser des biens et services sobres en énergie pour réduire la demande

Décarboner notre mix énergétique

Ainsi, il nous faut développer et financer des sources d’énergie autres que les énergies fossiles afin de pouvoir décarboner notre mix énergétique. Parmi les énergies disponibles, les énergies renouvelables sont intéressantes, car très peu émettrices avec une source (presque) illimitée. 

En 2019, elles représentaient 12 % de la consommation énergétique primaire française soit 339 TWh sur 2 893 TWh (le kilowatt-heure est une unité d’énergie, 1 TWh c’est 1 milliard de kWh). Parmi elles, on trouve :

  • La biomasse ou la méthanisation (la matière vivante animale et végétale)

  • L'hydroélectricité (les barrages)

  • L'éolien

  • Le panneau solaire photovoltaïque

  • La marée motrice

  • L'hydrogène

  • L'énergie géothermique

Focus : énergies renouvelables ou décarbonées ?  Les énergies renouvelables reposent sur une source présente en quantité presque infinie : le vent, l'eau, le soleil, la terre, le bois et les marées ou qu'elle se renouvelle trop vite pour être épuisée par les hommes et femmes (pour l’instant). Les énergies décarbonées sont celles qui émettent peu de CO2 dans leur extraction et leur utilisation. Le nucléaire, combustible fissile (et non fossile), peu émetteur de CO2, rejoint cette catégorie des énergies décarbonées.

On pourrait se dire, « C’est bon capitaine, on a la solution, on passe au 100 % renouvelable ! ». Malheureusement, comme on l’a vu, chacune de ces énergies a des contraintes et des limites par rapport aux énergies fossiles : elles peuvent être complexes et coûteuses à installer, avoir de forts opposants ou encore ne pas être pilotables. 

L’autre gros souci à date, c’est qu’il n’y a pas de réelle transition énergétique amorcée par ces énergies renouvelables : elles ne viennent que s’ajouter au mix actuel et absorber la demande croissante d’énergie comme le montre le graphique ci-dessous issu du cours de Jean-Marc Jancovici à Mines ParisTech

On consomme toujours plus d'énergie par personne
On consomme toujours plus d'énergie par personne

Le bleu, c’est l’hydroélectricité, le jaune, le nucléaire et le rose, les autres renouvelables. Vous pouvez effectivement voir que le charbon (noir), le pétrole (rouge) et le gaz (beige) n’ont pas du tout diminué en taille depuis qu’on entend parler de transition énergétique. Le tout fait un peu mal aux yeux, mais a le mérite d’être clair !

Pour limiter le changement climatique, il faudrait donc réduire considérablement en quelques années seulement l'utilisation des fossiles en les remplaçant dans le même temps par des sources moins carbonées. Ce défi semble vertigineux et c'est pour cela qu'il est nécessaire de réduire notre consommation d'énergie. Pour réussir, il nous faut donc à la fois investir massivement dans les énergies renouvelables tout en réalisant des économies d’énergie importantes !

Penser des biens et services sobres en énergie

L'autre grand pilier pour réduire notre dépendance aux fossiles, c'est de réussir à diminuer notre consommation d’énergie. C'est encore plus vrai en Europe ou aux États-Unis. Pour cela, plusieurs éléments existent et peuvent être actionnés au niveau individuel : a-t-on vraiment besoin de regarder des films en 4k, de mettre le chauffage à 23 °C ou de laver tous nos vêtements à 90 °C ? Grâce à la sensibilisation, nous pouvons changer nos comportements et vivre plus sobrement. Mais le principal levier pour réduire notre consommation énergétique est collectif et repose sur les ingénieurs et les financiers.

L'amélioration de l’efficacité énergétique de nos bâtiments (privés et publics) par exemple est le principal potentiel de réduction de notre consommation énergétique en Europe. La construction d'appareils plus sobres (des véhicules plus petits par exemple) et le développement de la low-tech sont aussi des actions indispensables à mener. Mais gare à l'effet rebond !

Focus : l’effet rebond  L’effet rebond, c’est un peu le double effet kiss-pas-cool. Au début, le progrès technologique nous permet d’avoir besoin de moins de matières premières et d’énergie pour la même puissance : super nouvelle ! Sauf que la place gagnée sert souvent à augmenter la puissance, d’où l’effet rebond : les gains d’efficience sont ici annulés. On le voit notamment dans l’industrie automobile (mais si avec les gros SUVs !). 

Avec l’augmentation actuelle des prix de l’énergie, et notamment du gaz, miser sur le renouvelable permettrait aussi de mieux maîtriser les prix de l’électricité et d’être moins dépendants de puissances étrangères. La transition énergétique est donc une question d’écologie, mais aussi d’indépendance stratégique et de justice sociale

Et Green-Got dans tout ça ?

Contrairement aux banques traditionnelles, chez nous, aucun euro n’ira au financement des énergies fossiles. Et au delà d’exclure les fossiles, grâce à Green-Got, vous pouvez participer au financement de la construction de projets renouvelables ou bien soutenir des entreprises engagées dans la décarbonation de nos mix électriques comme EDF, EDP Renovaveis, Vestas Wind Systems ou Sunpower. 

Nous aidons notamment au développement d’infrastructures de centrales solaires et d’éoliennes dans des pays comme la Turquie ou l’Inde. L'électricité ainsi produite est injectée dans le réseau, remplaçant l'électricité provenant de combustibles fossiles par de l'énergie bas carbone.

Et si vous nous rejoignez, vous pourrez vous aussi participer à financer la transition énergétique ! 

Are you one of us ?

Are you one of us ?
Are you one of us ?

L’essentiel à retenir

Qu'est-ce que l'énergie ? C'est la capacité nécessaire pour transformer notre environnement : dès que quelque chose change de vitesse, de mouvement, de température, de forme... elle entre en jeu.

Que sont les énergies renouvelables ? Une énergie renouvelable est une énergie dont la source est présente en quantité presque infinie : le vent, l'eau, le soleil, la terre, le bois et les marées. Ce sont de manière générale des énergies qui émettent peu de gaz à effet de serre en comparaison aux énergies fossiles. Seule l'énergie nucléaire est une exception : à la fois fossile et peu carbonée.

Faut-il privilégier les énergies renouvelables ? Aucune énergie n'est parfaite, bas carbone et non consommatrice de ressources. Oui il faut développer les énergies renouvelables et surtout diminuer notre consommation d'énergies fossiles.