L’empreinte carbone : bien la mesurer pour mieux la réduire

Les activités humaines sont à l’origine de la production de gaz à effet de serre, qui s’accumulent dans l’atmosphère et génèrent un réchauffement du climat aux conséquences problématiques pour les écosystèmes et l’ensemble du vivant.

Ce phénomène, connu depuis de nombreuses décennies est aujourd’hui étudié en détails par de nombreux et nombreuses scientifiques qui ont notamment défini un budget carbone à respecter pour rester dans les clous de l’Accord de Paris sur le climat. Selon ce budget carbone, nous ne devrons pas émettre plus de 2 tonnes de CO2e (équivalent CO2) par personne en 2050 pour atteindre la neutralité carbone globale. Aujourd’hui nous en sommes encore loin avec nos 9 tonnes CO2e émises en moyenne chaque année pour un citoyen ou une citoyenne française (sans même compter les émissions liées à notre argent !). Au rythme actuel, nous aurons consommé l’entièreté du budget 1,5°C d’ici 2027 et 2°C d’ici 2044 (au lieu de la fin du siècle…).

Alors comment faire pour atteindre cet objectif ? Comment cartographier précisément la source de nos émissions et agir pour les réduire efficacement ? Lisez cet article et d’ici quelques minutes, vous saurez tout !

Comment se mesurent nos émissions de gaz à effet de serre ?

Le réchauffement climatique est causé par l’augmentation de la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ces gaz à effet de serre, dont le plus connu est le CO2, sont la conséquence des activités humaines et notamment de la combustion des énergies fossiles. Pour savoir combien on émet, on mesure le CO2 : on appelle cela l’empreinte carbone. L’empreinte carbone peut se mesurer à l’échelle d’un ou d’une individu, d’une organisation ou encore d’un pays. Elle permet de comprendre la répartition des émissions par secteur, par pays,... et ainsi de définir des plans de réduction pertinents.

Petite définition de l’empreinte carbone

L’empreinte carbone est un indicateur qui mesure la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise par une activité.Etant donné que les GES participent au réchauffement du climat, par leur accumulation dans l’atmosphère qui augmente l’effet de serre, l’empreinte carbone nous permet de comprendre à quelle hauteur une activité ou une organisation y participe.

Cette empreinte carbone découle de la “consommation de matières premières et d’énergie par une personne, une organisation, une entreprise, un Etat, un objet, ou un procédé”. Ainsi, on va dire d’un mode de vie ou de production qu’il est plus ou moins carboné, en fonction de la quantité de GES émis.

Pour les ordres de grandeurs :

  • L’empreinte carbone d’un ordinateur est de 156kg équivalent CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie (production, utilisation, gestion de fin de vie) 💻

  • L’empreinte carbone moyenne d’un Français ou d’une Française est de 9,9 tonnes équivalent CO2 par an, contre 14 tonnes pour un Américain et moins d’une tonne pour un Kenyan.

  • L’empreinte carbone de la France est de 663 millions de tonnes équivalent CO2 🇫🇷  Cette empreinte carbone est faible comparée à celle des Etats-Unis (5,63 milliards de tonnes de CO2) mais très élevée par rapport à celle du Kenya (28 million de tonnes de CO2 en 2019).

Évolution du jour du dépassement mondial entre 1970 et 2020
Évolution du jour du dépassement mondial entre 1970 et 2020

Empreinte carbone vs. émissions territoriales

Lorsque que l’on souhaite mesurer les émissions de GES d’un pays, deux méthodologies sont possibles : la mesure des émissions territoriales ou la mesure de l’empreinte carbone.

Ainsi, certains pays vont mettre en avant leurs émissions territoriales ou leur empreinte carbone, selon la quantité de leurs importations et exportations et l’intensité carbone de leur mix énergétique. En France, la Stratégie Nationale Bas Carbone définit les objectifs de décarbonation sur les émissions territoriales. Et on n’est pas si loin que cela des objectifs fixés, mais il y a un piège. La décarbonation des émissions territoriales n’implique pas une réduction mais une délocalisation de celle-ci, qui sont émises ailleurs ce qui vient alourdir l’empreinte carbone de la France.

Comment évaluer son empreinte carbone individuelle ?

Maintenant que vous savez ce qu’est l’empreinte carbone, la question est de savoir comment elle se calcule. Comment savoir à quoi correspond un trajet en voiture de 100km ? Ou la production d’un t-shirt ? Ou encore les émissions de CO2 associées à 5 000€ sur un compte épargne ? On vous explique tout.

Méthodologie de calcul des émissions

Un•e Français•e émet en moyenne 10 T CO2e par an. Pour remplir les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, il nous faut atteindre 2 T CO2e par an et par personne. Pour mesurer ces émissions de gaz à effet de serre, on comptabilise la quantité de CO2 (ou équivalent CO2) émis. Cela nous donne l’empreinte carbone. Pour calculer les émissions, il existe deux approches couramment utilisées : les ratios physiques et les ratios monétaires.

  • Les ratios physiques : L’approche physique consiste à convertir des données physiques (km, kWh, kg, etc.) en émissions de CO2 (exprimées en kg CO2eq/unité physique). On applique donc ici la formule suivante : Quantité de gaz à effet de serre émise = Quantité consommée * Facteur d'émission physique.

  • *Les ratios monétaires : Selon l’Ademe un facteur d’émissions monétaire permet “d’estimer en ordre de grandeur le contenu carbone d’un produit ou service acheté à partir de son prix. Il est fourni en "kgCO2e/k€ HT”. On applique donc ici la formule suivante : Quantité de gaz à effet de serre émise = Montant dépensé * Facteur d'émission monétaire.

Des outils pour mesurer son empreinte carbone personnelle

Maintenant que l’on sait comment on peut associer une quantité de CO2e à une unité physique ou à un montant, la question se pose de savoir comment mesurer l’ensemble de son empreinte carbone. Car pour comprendre quels sont les leviers de réduction au niveau individuel et faire sa part, il faut d’abord savoir quels sont nos postes d’émissions. Pour ce faire, de nombreux sites proposent de réaliser une estimation (plus ou moins rapide et précise) à l’échelle d’une année, en voici quelques uns :

  • Nos gestes climat : Ce site a été développé par l’Ademe, à l’aide d’un questionnaire, il est possible d’évaluer ses émissions de CO2 par grand poste (alimentation, transports,...). La section “agir” permet de définir des actions à mettre en place pour réduire son impact pour le climat. Le tout en 10 minutes.

  • My CO2 : Pensé sous la forme d’un atelier en ligne, cet outil vous permet, en se basant sur vos habitudes du quotidien, d’évaluer votre empreinte carbone. Ce qui est intéressant, c’est qu’il vous donne à la fin votre trajectoire de réduction annuelle en %, et vous permet de voir comment la modification d’une ou plusieurs actions vous permet concrètement d’atteindre cet objectif (remplacer un long trajet en voiture par un trajet en train par exemple).

  • L’app de Green-Got 🦊 Et oui, l’application de Green-Got vous permettra de visualiser les émissions de CO2 associées à vos dépenses et de les comparer aux émissions moyennes d’un Français ou d’une Française ! Pour que ce soit efficace, il faut que la majorité de vos dépenses soient effectuées via votre compte et votre carte, afin que ce soit représentatif. On se base sur un ratio monétaire et le but est de sensibiliser sur tous les impacts liés à l’argent : là où on le place, mais aussi comment on le dépense, en proposant des alternatives plus responsables.

Au niveau de la France, voilà comment se répartit en moyenne l’empreinte carbone des Français·es. Visualiser les principaux postes d’émissions nous permet de savoir quels sont les leviers les plus efficaces à activer au niveau individuel comme collectif.

Empreinte carbone moyenne en France en 2019
Empreinte carbone moyenne en France en 2019

Il est également possible de mesurer les émissions d’un produit ou d’une organisation, un processus que l’on nomme le Bilan Carbone©, dont la méthode a été créée par l’Ademe et Jean-Marc Jancovici.

Réduire son empreinte & contribuer pour les émissions résiduelles

Comment diminuer son empreinte carbone ?

Une fois que l’on connaît son empreinte carbone, l’objectif est bien évidemment de la réduire que ce soit au niveau individuel ou collectif. La Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) ainsi que des plans comme le Plan de Transformation de l’Economie Française du Shift Project, donnent des trajectoires précises de décarbonation par secteur et les leviers possibles pour les réaliser au niveau du pays et des organisations. Au niveau individuel, parmi les actions les plus efficaces on peut citer :

  • Réduire ou arrêter la viande, en particulier la viande rouge 🥩

  • Faire isoler son logement et choisir un mode de chauffage faiblement carboné 🏠

  • Limiter dès que possible ses déplacements en voiture et en avion et leur préférer le train, le vélo ou les transports en commun 🚲

  • Et s’assurer que son argent finance la transition écologique plutôt que les industries fossiles comme c’est le cas dans la plupart des grandes banques françaises ! 💸

L’idée est d’y aller selon son rythme et ses moyens, il vaut mieux avoir des millions de personnes qui font des efforts mais restent imparfaites que quelques individus exemplaires. Chaque jour on peut faire un peu mieux, réduire un peu plus son empreinte carbone. Comme le dit François Gemenne “chaque tonne de CO2e évitée compte pour lutter contre le réchauffement climatique”.

Compenser ou contribuer ?

Pour les émissions résiduelles incompressibles (c’est-à-dire les émissions qui ne peuvent pas être supprimées), il est possible de réaliser une contribution carbone. Anciennement compensation, le terme a évolué parce qu’il laissait penser qu’il était possible d’annuler son empreinte. Mais compenser n’est pas réduire. Par ailleurs, si les émissions sont immédiates, les effets de la compensation / contribution, eux, sont sur le long terme (un arbre va mettre plusieurs décennies à absorber l’équivalent de CO2) et incertains (les arbres plantés peuvent brûler dans un incendie). Méfiez-vous donc des offres pour des produits polluants qui se disent neutres en carbone car les émissions ont été compensées, c’est trompeur !

Pour contribuer, il est possible de participer à la baisse des émissions d’autres acteurs (par exemple en finançant le déploiement d’énergies renouvelables) ou également de soutenir le développement des puits de carbone mondiaux via des projets de séquestration. Il est important de s’assurer de la qualité du projet que l’on finance et d’avoir des garanties sur les bénéfices environnementaux. Des standards internationaux comme le Verified Carbon Standard permettent de garantir l’impact réel des projets dans la lutte contre le réchauffement climatique et la perte de biodiversité.

Nous émettons aujourd’hui en moyenne 5 fois plus de CO2 que nous ne pourrons en émettre en 2050 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Face à cela, nous pouvons agir en trois étapes : mesurer, réduire, contribuer. Chaque tonne de CO2 évitée c’est d’autant qui ne viendra pas alimenter le réchauffement climatique. Nous pouvons tous et toutes agir à notre échelle, et notre argent à la banque est un levier puissant pour opérer la transition écologique !

L’essentiel à retenir

  • Qu’est ce que l’empreinte carbone ? L’empreinte carbone est un indicateur qui mesure la quantité de gaz à effet de serre (GES) émise par une activité. Elle permet de comprendre la répartition des émissions par secteur, par pays,... et ainsi de définir des plans de réduction pertinents.

  • Comment la mesure-t-on ? On mesure l’empreinte carbone grâce à la réalisation d’un Bilan Carbone©. Celui-ci se base sur des ratios physiques ou monétaires pour mesurer les émissions de CO2e liées à une activité ou une action. De nombreux outils permettent de mesurer son empreinte carbone personnelle.

  • Quels sont les principaux postes d’émissions d’un Français ou d’une Française ? Les 3 principaux postes d’émissions de GES des Français·es sont les transports (principalement la voiture), l’alimentation (principalement la viande) et la consommation de gaz et de fioul pour le logement. Ce sont donc les premiers et principaux leviers sur lesquels nous pouvons agir au niveau individuel.