Agriculture durable & protection des sols

Tous les articles

Modifier en profondeur le secteur agricole est un des principaux enjeux des prochaines années si l'on veut réussir la transition.

Il est vrai que l'empreinte carbone du secteur est énorme : 24% des émissions de CO2 mondiales (selon un rapport du GIEC). Mais ce n'est pas tout, les ressources naturelles consommées par l'agriculture conventionnelle sont aussi très importantes et l'utilisation intensive des pesticides détruit les écosystèmes naturels et contribue à la stérilisation des sols. Changer pour une agriculture durable est une nécessité pour protéger la planète. Mais il faudra aussi changer d’alimentation. 

La motorisation du secteur en France date des années 1950 avec les premiers tracteurs. Deux innovations dans les années 60 et 70 permettent d’augmenter drastiquement les rendements de nos champs : ce sont les développements des moissonneuses-batteuses et des engrais. Cette période marque le début de l’agriculture intensive

La moissoneuse-batteuse, la batmobile du fermier
La moissoneuse-batteuse, la batmobile du fermier

Depuis, à l’image de notre société, l’agriculture est devenue accro aux énergies fossiles et à la chimie. Une bien mauvaise nouvelle pour la planète mais qui nous a tout de même permis d’augmenter considérablement nos volumes de production agricole. Au moins à court terme.

L’ironie de cette histoire, c’est qu’en 2021, plus de 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde (presque deux fois la population de l’Union Européenne) alors que nous produisons suffisamment de calories pour nourrir 12 milliards d’hommes et de femmes. Et le paradoxe dans tout ça c'est que 40% de la nourriture produite est gaspillée d’après une étude du WWF sortie en 2021. 

Enquête sur l'un des piliers du développement durable.

L’agriculture conventionnelle n’est pas durable

1. Nous consommons beaucoup d’énergie à travers notre alimentation

Pour chaque calorie de nourriture produite, 7 calories d’énergie ont été nécessaires (source ici). Semer, désherber, moissonner, battre, récolter, transformer : toutes ces actions demandent l’utilisation d’énergie.

Et c’est une grande majorité d’énergie fossile qui est utilisée pour produire notre nourriture comme le montre ce graphique. Même si les renouvelables progressent.

Répartition de la consommation énergétique dans l'agriculture
Répartition de la consommation énergétique dans l'agriculture

En fait, au-delà de l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les nombreuses machines agricoles, une grande part de l’énergie est utilisée afin de produire les intrants chimiques ( un intrant chimique est un produit appliqué à la terre et aux cultures pour améliorer leur rendement et qui n’est pas présent naturellement dans la terre) à partir d’une combustion de gaz. Puis il faut acheminer ces produits jusqu’au champ.

Les fossiles ont permis de mettre en place tout un parc de machines agricoles, de produire des pesticides et autres engrais chimiques. Nous avons pu augmenter les rendements de production et nous avons diminué la pénibilité du travail des agriculteurs et agricultrices.

Sauf que ces évolutions ont eu pour conséquence d’augmenter les émissions de gaz à effet de serre, de nuire à la biodiversité et d’appauvrir les sols alors que le métier d’agriculteur est à l’origine un métier en harmonie avec la nature.

2. L’appauvrissement des sols 

La surexploitation des sols et la monoculture sont mises en cause dans l’appauvrissement des sols en phosphore et en biodiversité. Les plantes pompent tout le phosphore du sol sans qu’il puisse se renouveler alors qu’il est un minéral essentiel à la photosynthèse. Sans diversité de cultures, l’équilibre des interactions entre les différentes plantes, les micro-organismes et les autres espèces animales et d’insectes est perturbé. Certaines espèces se trouvent dans l’impossibilité de se nourrir, de se reproduire et finissent par disparaître. Cela mène au recours encore plus important d’intrants et à une vulnérabilité accrue face aux maladies et aux ravageurs (campagnoles, criquets…).

3. Émissions de CO2 liées aux animaux

Cette augmentation des rendements vient répondre à une augmentation croissante de la demande en alimentation ainsi que des niveaux de vie. En cause notamment, la demande de plus en plus forte en viande au fur et à mesure que les sociétés se développent. Or que ce soit un poulet, un porc ou un bœuf, cette viande qui finira dans nos assiettes a besoin d’être élevée et alimentée pendant plusieurs années. 

Beaucoup d’animaux sont engraissés avec du maïs, du blé ou du soja OGM. Or pour produire 1 kg de viande, il faut entre 7 et 12 kg de céréales (cela dépend de l’animal élevé). 

Résultat ? Entre 70 et 80% de la production agricole mondiale est destinée à nourrir les animaux que nous consommons (d’après WWF).

Et cette production requiert beaucoup d’eau. Pour produire 1 kg de bœuf, il faut 15 500 L d’eau, l’équivalent d’une petite piscine, pour irriguer les céréales et le fourrage. 

1 kg de porc nécessite quant à lui 4 900 L d’eau. 1 kg de poulet nécessite en moyenne 4000 L d’eau.

En plus, l’élevage est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre d’après la FAO et 9,7%, donc les deux tiers des émissions sont liées à l’élevage des bovins.

Ce n’est pas une mauvaise blague : les pets et les rots des vaches émettent beaucoup de méthane.

L’agriculture est responsable de 50% des émissions mondiales de protoxyde d’azote et de méthane. Ces deux gaz ont un potentiel de réchauffement de 25 et 300 fois supérieur à celui du CO2.

Au-delà de l’élevage, le secteur émet du méthane à travers certaines cultures comme le riz, du protoxyde d’azote à travers l’épandage d’engrais azotés, et du CO2 via les machines et certaines pratiques comme les feux de savane.

4. Épuisement et pollution des nappes 

Irrigation agriculture
Irrigation agriculture

L’agriculture représente 70% de la consommation d’eau dans le monde. Et nous consommons beaucoup trop d’eau. Nous vous suggérons cet article pour en savoir plus. 

Chaque été, en France, des restrictions sont mises en place pour pallier cet épuisement des ressources en eau. Le secteur agricole en est la première cause.

Du fait de l’appauvrissement des sols et de leur surexploitation, les plantes ont de plus en plus de mal à s’hydrater, leurs racines doivent descendre de plus en plus profondément et épuisent les ressources des sols. En parallèle, les agriculteurs pompent de plus en plus dans les nappes phréatiques.

De plus, l’agriculture intensive pollue les cours d’eau. Le lisier et le fumier utilisés en épandage industriel sont à l’origine de la pollution de l’eau en nitrates et en phosphore et les rejets de pesticides et d’engrais contaminent également l’environnement.

Vous devez vous dire comme nous : ce système agricole est décidément bien trop imparfait.

5. Effondrement de la biodiversité à cause des pesticides

Les intrants chimiques dans l’agriculture ont leur part de responsabilité dans le déclin de la biodiversité. 

Trois indicateurs pour illustrer cet effondrement :

  • En trente ans, l’Europe a perdu plus de 421 millions d’oiseaux. Les oiseaux boivent de l’eau contaminée ou se nourrissent de vers et d’insectes contaminés, menant à leur mort.

  • Entre 1 et 2% des insectes disparaissent chaque année. Les terres agricoles sont de plus en plus toxiques, tuant plus ou moins rapidement de nombreux insectes et polluant les cours d’eau. 

  • En 2017, une étude révélait que plus de 75% de la biomasse des insectes volants avait disparu en 27 ans dans les zones protégées allemandes. 

Is it over yet ? No
Is it over yet ? No

L’agriculture est un secteur fortement contributeur aux dérèglements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité et aussi l’une de ses victimes.

L’agriculture subit les conséquences de ces dégradations de l’environnement

Le modèle de l’agriculture intensive ne répond donc pas à son but premier de nourrir l’entièreté des humains et humaines et il contribue à la dégradation de l’environnement.

Mais cette dégradation de l’environnement est un véritable problème pour l'agriculture elle-même.

À cause des intrants chimiques utilisés à profusion, le nombre de sécheresses et d’inondations augmente, les sols sont fragilisés, la biodiversité des sols diminue et l’érosion s’accélère. 40% des terres émergées sont menacées de désertification.

Ce réchauffement climatique et l’utilisation massive de l’irrigation diminue l’accès à l’eau alors que l’agriculture est le secteur le plus gourmand en eau. L’élévation des températures favorise également le développement de maladies et de nouveaux ravageurs. En France, le mildiou, une maladie causée par des champignons microscopiques, fait des ravages sur les cultures de tomates et de vignes. Parmi les nouveaux ravageurs qui profitent des conditions climatiques favorables, on peut évoquer la drosophile du cerisier, un moucheron venu d’Asie qui est apparu en Europe en 2010.

L’agriculture durable : un tournant indispensable

Heureusement pour limiter l'impact de l'agriculture sur la planète et en augmenter la durabilité, des nombreuses initiatives ont récemment vu le jour. C'est le cas de l’agriculture de conservation ou durable, des systèmes de production inspirés du vivant et tentent de relever ce défi.

Pour résumer, l’agriculture durable consiste à produire des aliments de qualité en préservant l’environnement et la biodiversité tout en permettant aux acteurs de la filière de vivre convenablement de leur activité. Pour ça, il est indispensable de repenser les fondements de l'agriculture et s'inspirer davantage de la nature.

Le premier pas est de s’orienter vers une agriculture biologique. Cette conversion, qui n’est pas simple, demande 2 à 3 ans d’adaptation des pratiques culturales et des investissements. 

Plus concrètement l’agriculture durable consister surtout en :

  • Limiter les émissions de gaz à effet de serre, notamment en favorisant les circuits de consommation courts.

  • Limiter la pollution des milieux, en diminuant l’utilisation des engrais et des pesticides.

  • Tracer les produits pour garantir la sécurité alimentaire.

  • Maintenir la biodiversité, l’écosystème naturel et le patrimoine génétique des espèces cultivées endémiques.

  • Aménager les paysages agricoles et lutter contre la désertification.

  • Respecter le bien-être animal.

  • Donner une place de choix aux agriculteurs et agricultrices. Respecter les conditions de travail et la santé des travailleurs et travailleuses et des habitant·e·s.

  • Développer économiquement les territoires ruraux.

Zoom sur l'agroforesterie

Une pratique qui se développe aussi et va encore plus loin dans l’écologie, c’est l’agroforesterie, démarche qui consiste à replanter des arbres sur des cultures agricoles afin de régénérer les sols et de bénéficier aux espèces animales locales. Cette pratique favorise le retour de matière vivante et d’auxiliaires naturels qui ont chacun une place dans cet écosystème. Cet exemple d’une exploitation dans le Gers illustre bien les vertus de cette méthode.

Pour mieux comprendre, on vous conseille le superbe documentaire Tout Est Possible (The Biggest Little Farm) dans lequel un couple se lance dans l'agroforesterie.

Concrètement, ça signifie quoi ?

  • Optimiser l’utilisation des ressources, en particulier l’eau.

  • Réduire son usage de pesticides en faisant appel à des prédateurs et pollinisateurs naturels.

  • Faire tourner les cultures pour enrichir les sols et prévenir les maladies et ravageurs.

  • Arrêter le labour pour régénérer la biodiversité du sol.

  • Recycler les déchets végétaux et animaux pour fertiliser et maintenir la qualité des sols (compost et fumier).

  • Utiliser des déchets verts comme biomasse (combustible, carburant, biogaz) pour créer de l’énergie.

Et la permaculture ?

À taille humaine, intégrant des animaux, respectant les équilibres de la nature, favorisant la biodiversité des sols, des plantes et des insectes, optimisant les ressources que peut offrir la nature en limitant l’intervention humaine tout en produisant assez pour nous nourrir, ce sont les principes de la permaculture.

Le jardin Mandala en permaculture
Le jardin Mandala en permaculture

Ce concept est né dans les années 70 et intègre l’agriculture dans un système global qui respecte la nature et ses habitants et habitantes. La permaculture compte de nombreux avantages : elle favorise une biodiversité en harmonie avec un environnement riche et donne une place de choix à l’humain qui se trouve au cœur d’un écosystème durable et équilibré. 

La ferme du Bec-Hellouin est un bon exemple de ferme en permaculture ayant réussi à trouver un modèle rentable et durable. De nombreux projets tels que celui-ci sont en développement.

Pour finir

Finalement, l’agriculture durable c’est l’affaire de tous et toutes : producteurs et productrices comme consommateurs et consommatrices. Car si du côté de la production, il est nécessaire d’adapter les pratiques culturales pour prendre davantage en compte les équilibres de la nature et du vivant pour régénérer les sols et diminuer les émissions de GES, en tant que consommateurs et consommatrices, nous avons aussi le choix d’agir en faveur de l’environnement. 

Ca semble délicieux
Ca semble délicieux

L'essentiel

Quelles sont les émissions de gaz à effet de serre dues à l'élevage ?

L’élevage est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre d’après la FAO dont 9,7% rien que pour l’élevage bovin, à cause de la digestion des ruminants. L’agriculture est responsable de 50% des émissions mondiales de protoxyde d’azote et de méthane.

Quels sont les principes de la permaculture ?

La permaculture nécessite que l'exploitation agricole soit à taille humaine, intègre des animaux, respecte les équilibres de la nature, favorise la biodiversité et optimise les ressources que peut offrir la nature en limitant l’intervention humaine.