Les banques peuvent-elles être éthiques ?

À l’heure où les citoyens et citoyennes s’interrogent de plus en plus sur l’utilisation de leur argent par les banques, les banques éthiques et solidaires sont de plus en plus sollicitées. Mais qu’est-ce qu’une banque éthique ? S’agit-il d’une éthique dans ses pratiques internes, notamment dans le traitement de ses équipes ? Au niveau des produits et services proposés ? Une banque coopérative est-elle forcément éthique et inversement ? On répond à toutes ces questions dans ce nouvel article.

Mais avant de se lancer, c’est quoi au juste l’éthique ? Et bien l’éthique (selon le dictionnaire Larousse), c’est "l’ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu'un”, ou ici de la conduite d’une entreprise comme une banque. C’est un synonyme de la morale. Donc pour qu’une banque soit éthique, elle se doit de suivre une certaine boussole morale. Une boussole d'accord, mais dans quelle direction pointe-t-elle ?

Banque éthique, banque solidaire, banque coopérative, on s'y perd un peu non ?

Quand il s’agit de qualifier les banques, de nombreux termes se bousculent et souvent utilisés de façon interchangeable : les banques sont tour à tour éthiques, durables, responsables, solidaires, vertes,... . Ceux-ci peuvent venir attester d’un engagement social via les investissements, de pratiques de gouvernance partagées ou encore de principes généraux qui dirigent leurs actions. Petit glossaire pour tenter d’y voir plus clair !

Les banques éthiques

Selon la Fédération Européenne de Finances et Banques Éthiques et Alternatives (FEBEA), une banque éthique est une banque qui "œuvre pour le bien commun et qui assure le droit au crédit à travers une activité bancaire consistant à récolter des fonds et à les réaffecter sous forme de crédits, à des projets culturels, sociaux et environnementaux".

Les banques éthiques ont donc pour but premier, non pas la maximisation de leurs profits, mais bien la volonté d’œuvrer pour le bien commun. Elles vont ainsi choisir d’orienter leur flux financier vers l’économie réelle, et notamment vers l’économie sociale et solidaire (ESS). Elles peuvent choisir parmi de nombreuses thématiques, comme les logements sociaux, la transition énergétique, l’inclusion, la création d’emplois, l’économie locale…

Elles sont aussi caractérisées par leur très forte transparence : elles donnent un grand nombre d’informations à leur clientèle sur l’usage qui est fait de son argent. Mais aussi sur l’organisation et les décisions. Une banque éthique est toujours pensée avec une organisation qui permet une large participation de ses équipes et de ses actionnaires ou membres. Lorsque que celle-ci est aussi une coopérative, les clients et clientes participent même directement à la prise de décision.

Enfin, une banque éthique est profondément ancrée dans le territoire ou l’écosystème où elle est présente. Cet ancrage lui permet de très bien connaître les projets financés et sa clientèle.

Parmi les banques éthiques en France, on compte donc deux banques historiques que sont la Nef et le Crédit Coopératif, mais également de nouvelles alternatives financières comme Lita.co ou Green-Got dont le but premier est d’aligner son argent avec ses valeurs pour lutter contre le réchauffement climatique. On parle aussi dans ce cas de banque verte ou écologique.

Les banques solidaires

Et bien, c’est sensiblement la même chose qu’une banque éthique ! Les deux termes désignent le même type d’acteurs toujours selon la FEBEA. On parle souvent de finance solidaire et d’épargne solidaire pour désigner les activités de ce type de banques.

L’épargne solidaire est un terme apparu dans le milieu des années 1980 en Europe. Cette épargne solidaire citoyenne avait à l’origine pour but de lutter contre le chômage et l’exclusion. Depuis, elle s’est développée et à évoluer pour devenir un moyen d’investir son argent dans des activités utiles pour l’environnement et la société dans le cadre de l’ESS.

Si de nombreuses banques classiques proposent des produits d’épargne et financiers dit solidaires (coucou les labels Finansol et ISR), peu d’entre elles sont pleinement éthiques.

Le Label Finansol, de quoi parle-t-on ? Le label Finansol a été créé en 1997 afin que le grand public puisse distinguer plus facilement les produits d'épargne solidaire des produits d'épargne traditionnels. Selon le site Finance Fair, l'obtention de ce label repose sur deux critères : il faut "tout ou partie de l’argent placé soit affecté au financement d’entreprises solidaires œuvrant principalement dans les domaines suivants : accès à l’emploi et au logement, soutien d’activités écologiques et à l’entrepreneuriat dans les pays en développement et qu'au moins 25% des intérêts sont versés de façon régulière par l’épargnant ou l'épargnante sous forme de don à des organismes bénéficiaires".

Les banques coopératives

Contrairement aux deux premiers termes, la spécificité d’une banque coopérative ne tient pas à sa finalité, mais à sa gouvernance. La distinction avec une banque classique se situe dans les statuts de l'entreprise. Selon le Ministère de l’Économie et des Finances “Dans le premier cas, la banque est une société anonyme et les décisions sont prises par les actionnaires sur le modèle "une action = une voix". Dans le second cas, les décisions sont prises par les clients et clientes”.

Dans une banque coopérative, il n'y a pas d'actionnaires. Ce sont les clients et clientes, en leur qualité de sociétaires, qui sont propriétaires de l’entreprise. La clientèle de la banque utilise donc les services de la banque, et est également partie-prenante de la gouvernance. Pour devenir sociétaire, il faut souscrire à des parts sociales de la banque ce qui permet ensuite de participer à la prise de décision. Ces banques reposent sur des assemblées générales, lors desquelles le vote de chaque sociétaire a le même poids, peu importe le capital investi, selon le principe de une personne = une voix.

Les coopératives bancaires les plus connues en France sont notamment le Crédit mutuel, les Caisses d'Épargne, les Banques populaires, ou encore les caisses régionales du Crédit Agricole. Il est donc tout à fait possible d’être une banque coopérative, mais non-éthique (c’est notamment le cas du Crédit Agricole qui investit encore massivement dans les énergies fossiles !).

L’avenir appartient-il aux banques éthiques ?

Des critères exigeants

Dans Redonner du pouvoir à son argent, Julien Vidal explique quels sont les 3 critères que doivent respecter les banques pour être éthiques. Ces critères sont des gages de confiance pour le client ou la cliente :

  • “Avoir des financements ciblés. La banque s'engage à soutenir exclusivement des projets dans les domaines environnementaux, sociaux et culturels.

  • Être d’une transparence totale grâce à la publication annuelle de l'intégralité des projets qu'elle finance avec la mention des montants alloués et une description de leur utilisation.

  • Avoir une rémunération de l'épargne limitée. Contrairement aux banques "classiques", ici l'épargne n'a pas pour objectif de produire des intérêts élevés, mais sert à accompagner les différentes étapes de la vie des épargnants et épargnantes et prévenir les coups durs. L'objectif de l'établissement est de protéger cette épargne et non de la placer sur les marchés financiers.”

Ainsi, il ne suffit pas de se dire éthique ou de communiquer sur un produit d’épargne solidaire pour l’être vraiment. C’est une démarche qui doit couvrir l’ensemble de l’activité de l’entreprise.

Un mouvement qui prend de l’ampleur

Redonner du pouvoir à son argent, l’aligner avec ses valeurs, participe donc à un mouvement de fond pour une consommation plus responsable : au vu des enjeux climatiques, les citoyens et citoyennes veulent consommer mieux et réduire leur impact. Il en va de même pour leur argent ! C’est là que les banques peuvent jouer un rôle important : en rendant leurs pratiques éthiques et transparentes, elles pourraient ainsi redonner confiance aux citoyens et citoyennes tout en participant pleinement à la transition écologique.

Et les clients et clientes attendent ces engagements de pied ferme ! De plus en plus de personnes s’interrogent sur l’impact des banques et se dirigent vers des produits et/ou des banques responsables. Si en 2017, “seulement” 48% des Français et Françaises s’intéressaient à l’impact social et environnemental de leur argent, ce chiffre a grimpé à 63% en 2020 selon un sondage mené par Ipsos et le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR).

De même, en 2019, l’encours d’épargne solidaire s’est établi à plus de 15,5 milliards d’euros, soit une hausse de 24% par rapport à l’année précédente d’après le Baromètre de la finance solidaire présenté par Finansol et La Croix.

Tous les voyants semblent au vert pour favoriser le développement des banques éthiques et solidaires, mais alors comment expliquer qu’elles ne représentent encore qu’une faible part du marché ?

Les limites des solutions actuelles

Les banques classiques, des engagements qui restent marginaux

Aujourd’hui, les offres éthiques des banques classiques se multiplient. Malheureusement, cela ne représente qu’une faible part de leurs activités et cache souvent des pratiques beaucoup moins éthiques. C’est notamment le cas du Livret de Développement Durable et Solidaire ou des fonds ISR (Investissement Social et Responsable), a priori en faveur de la transition écologique et solidaire, mais qui malgré les apparences, cachent des disparités d’engagement fortes.

Comme vu plus haut, il ne suffit pas de se dire éthique pour l’être. Les clients et clientes attendent bien plus que des engagements de surface de la part de leur banque : des initiatives fortes et concrètes sont attendues.

Banque éthique = banque pas pratique ?

Alors, le choix doit-il se faire entre une banque moderne et adaptée aux usages et aux besoins, mais avec une éthique faible ou des banques éthiques qui peinent à trouver leur place ? Pas nécessairement ! Si les banques éthiques historiques n’ont pas réussi à autant se développer sur leur marché malgré un engagement social et environnemental exigeant, cela est lié à plusieurs raisons :

Leur offre est longtemps restée confidentielle, dans un cercle de personnes déjà sensibilisées, mais peu connues du plus grand nombre. Leurs offres étaient également limitées à un compte épargne par exemple ou en ne proposant pas de prêts. Et plus récemment, c’est sur la digitalisation qu’elles ont pu prendre du retard. Si elles répondent depuis longtemps aux besoins d’un certain public, de nouvelles offres viennent, elles, réconcilier engagement environnemental et digital ! Par ailleurs, il est nécessaire de créer des alternatives éthiques, tout en incitant les banques traditionnelles à se transformer également. C’est le cas de La Banque Postale qui a annoncé abandonner les investissements dans les énergies fossiles d’ici à 2030.

Toutes ces solutions sont donc complémentaires, l’idée est de changer la finance ensemble et que ce secteur fasse ainsi sa part pour lutter contre le réchauffement climatique. Certaines solutions seront digitales, d’autres plus territoriales, certaines tournées vers le social et d’autres l’environnement, l’essentiel, c’est que chacune avance vers un même horizon, plus éthique et solidaire.

L’essentiel à retenir

  • Qu’est-ce qu’une banque éthique ?

    C’est une banque qui œuvre pour le bien commun et qui assure le droit au crédit à travers une activité bancaire consistant à récolter des fonds et à les réaffecter sous forme de crédits, à des projets culturels, sociaux et environnementaux.

  • Qu’est-ce que l’épargne solidaire ? C’est une pratique consistant à s'assurer que son épargne est (ré)investie dans des activités à utilité sociale, sanitaire et/ou environnementale, relevant de l'économie sociale et solidaire.

  • Quelle différence entre une banque classique et coopérative ? La distinction avec une banque classique se situe dans les statuts de l'entreprise. Selon le Ministère de l’Économie et des Finances “Dans le premier cas, la banque est une société anonyme et les décisions sont prises par les actionnaires sur le modèle "une action = une voix". Dans le second cas, les décisions sont prises par les clients et clientes.”.