Investissement responsable, ça veut dire quoi ?

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Le stéréotype de l’écolo, c’est plutôt celui qui va vivre en forêt loin du système, pas vraiment celui d’un as de la finance. Et pourtant, développement durable et secteur financier sont intrinsèquement liés : c’est tout l’enjeu de la finance verte.

On sait, la finance, c’est pas sexy. Mais bien expliquées, les notions clés sont accessibles à tous et toutes et sont importantes à avoir. On a tous et toutes besoin de savoir où va notre argent et quels sont les moyens de l’utiliser ! Dans cet article, vous comprendrez alors que l’investissement responsable est moins compliqué que vous ne le pensez, plus rentable que vous ne le croyez, et plus important que vous ne l’imaginez.

Investir, ça veut dire quoi ?

Plusieurs types d’investissements

Il y a plusieurs façons d’investir, mais le concept reste le même : vous dépensez ou placez une somme d’argent dans l’espoir d’un gain à moyen ou long terme. Gain d’argent, de productivité, de temps (et le temps, c’est de l’argent y paraît). Vous achetez un nouvel ordinateur pour mieux travailler ? Vous investissez. Vous voulez installer des toilettes sèches pour créer votre propre engrais ? Vous investissez. Vous voulez acheter un studio à louer Rue de la Paix ? Vous investissez (et prenez enfin votre revanche au Monopoly). Tout ça, c’est ce qu’on appelle les investissements matériels. Il y a aussi les investissements immatériels : par exemple, quand vous vous offrez une formation (vous investissez en vous !) ou que vous dépensez dans la création d’un nouveau site web ou l’achat d’un logiciel.

Enfin, il y a les investissements financiers, ceux qui vous intéressent aujourd’hui ! Ou ceux qui vous donnent envie de partir en courant tellement ça paraît compliqué. Mais restez avec nous, on a fait simple et ludique.

L’investissement financier ou la vie des écureuils

Il était une fois, l’histoire d’un petit écureuil (vous) qui a plusieurs noisettes, dont quelques-unes qu’il veut garder pour plus tard. Il les cache dans un arbre et magie ! Il gagne une noisette de plus chaque hiver. C’est l’épargne : arbre sécurisé, mais mini-noisette.

Un autre écureuil, plus gourmand, décide d’échanger quelques noisettes contre une part du noisetier dont il devient un des propriétaires : c’est l’action. Chaque printemps, il reçoit sa part de noisettes (dividendes) : plus la récolte est bonne, plus il reçoit de noisettes. En plus de ça, sa part du noisetier (soit l’action ou titre de propriété) peut prendre de la valeur si l’arbre grandit, et donc, s’il la revend un jour, il aura réalisé un bénéfice. À l’inverse, si l’arbre perd des branches dans une tempête ou finit brûlé dans un incendie, double conséquence : moins de noisettes récoltées (et moins de dividendes) et le noisetier perd de la valeur (baisse du prix de revente de l’action).

Un troisième écureuil, gourmand, mais plus méfiant, préfère prêter ses noisettes à un autre écureuil, qui pourra les utiliser pour agrandir son champ de noisetiers. En échange, il recevra une noisette chaque hiver (intérêts), jusqu’au moment où il sera totalement remboursé. C’est l’obligation, ou titre de créance. Évidemment, il vaut mieux veiller à ce que l’écureuil et son champ soient fiables et en bonne santé.

Rentabilité : une noisette de perdue, dix de retrouvées ?

Mais alors, comment je fais pour choisir où placer mes noisettes ? Et bien, il faut évaluer et comparer les risques (solvabilité, résilience, perspectives de développement à long terme, réputation auprès des investisseurs et consommateurs…) et les avantages (montants des dividendes ou intérêts…). Soit quel est mon meilleur rapport risques / rendements.

Et pour répartir les risques, les investisseurs particuliers (ou écureuils) préfèrent généralement placer leur capital (les noisettes quoi) à plusieurs endroits. Seulement pour ça, il faut pas mal de noisettes, du temps et de l’expertise pour étudier les marchés du noisetier ! Du coup, la plupart se tournent vers des fonds d’investissements. En gros, plusieurs écureuils rassemblent leurs noisettes dans une grande cagnotte, qui est utilisée dans plusieurs activités et dont la gestion est aux mains d’experts (gestionnaires de fonds ou banques). Et si vous ne pouvez pas contrôler la stratégie de comment ou quand les noisettes seront plantées, en revanche vous pouvez choisir où ! C’est là que ça devient (très) intéressant.

Investir et placer son argent : quels fonds choisir ?

Des fonds plus ou moins verts

Il existe plusieurs types de fonds. Ils se différencient par la nature de leurs actifs (obligations, actions, mixtes, etc.) mais aussi par le type de secteurs d’activités qu’ils financent. Et aujourd’hui, il est possible de choisir des fonds écologiquement responsables, pour que votre capital alimente la transition écologique plutôt que la destruction de la planète. Par exemple, au lieu de financer des entreprises utilisant des énergies fossiles polluantes ou participant à la déforestation (pensez aux écureuils !), vous pouvez décider que votre argent aide à protéger nos ressources en eau, à créer une agriculture durable ou soutenir l’essor d’énergies renouvelables et propres (cool hein ?).

L’analyse financière de ces fonds, qui est faite pour juger de leurs performances (rentabilité, croissance, etc.) est alors croisée avec une analyse reposant sur une méthodologie basée sur des critères extra-financiers et des bonnes pratiques incluant des critères éthiques, rassemblés sous le nom de critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance).

Pourquoi est-ce important ? Car l’argent de votre compte en banque est l’acteur n°1 de votre empreinte carbone. Il pollue plus que votre voiture, votre veste neuve Zara et votre Big Mac d’après-soirée réunis (si si, lisez nos autres articles !). Alors, bien choisir où l’on place son argent, ça fait une sacrée différence.

À lire : Pourquoi mon compte bancaire pollue ?

Quelle garantie d’un fonds vraiment « vert » ?

En 2016, le Ministère de la Finance a créé le label ISR (Investissement Socialement Responsable), basé sur le respect des fameux critères ESG (et les principes de l’investissement responsable), et qui s’est aujourd’hui imposé comme le label leader dans l’identification des fonds durables et donc dans le domaine de la finance responsable.

Cependant, certains remettent en cause sa fiabilité. En effet, un fonds peut être labellisé ISR à partir du moment où il remplit un seul des trois critères de l’investissement durable ESG. Seulement, même si des bonnes notes en Social ou en Gouvernance sont des variables éthiques importantes, cela ne garantit pas une activité respectueuse des critères environnementaux.

Heureusement, l’adoption d’un durcissement et d’une uniformisation des règles d’obtention des labels est (enfin) en projet en Europe et a déjà commencé avec la mise en place du règlement SFRD pour Sustanable Finance Disclosure Reglementation.

En attendant, il existe le label Greenfin, créé en 2015 par le Ministère français de la Transition Écologique et Solidaire. Il garantit des placements financiers transparents, responsables et durables, qui alimentent spécifiquement la transition écologique. C’est notre préféré chez Green-Got car c'est celui qui a les meilleures pratiques dans son approche et sa méthodologie.

À lire : Label Greenfin : la garantie d’une finance verte

Fonds verts : rentables ou pas rentables ?

Maintenant que vous savez qu’investir éco-responsable, c’est sympa, vous vous demandez quand même si c’est sympa aussi pour le porte-monnaie. Question valable. Et puis, c’était dans le titre de l’article. Du coup, c’est parti pour notre réponse argumentée en 5 points (toujours dans la bonne ambiance) :

1) Le changement, c’est maintenant

Alors, comme vous le savez déjà, fonds verts ou pas, l’analyse de performance financière est la même, elle est simplement croisée avec d’autres données. On pourrait quand même penser que c’est moins stratégique pour l’investisseur, qui se prive alors de certains marchés jugés performants (aujourd’hui). Sauf que ! Un investissement, c’est sur du long terme, et sans vouloir vous causer de l’éco-anxiété : change is coming.

Vous vous en foutez, vous pensez que vous serez déjà mort avant que ça impacte votre rentabilité ? Que nenni. Si vous checkez l’actualité, vous verrez que les scientifiques changent leurs prévisions chaque année avec le même discours : « Mince alors, ça va (beaucoup) plus vite qu’on ne l’avait prévu ». Donc, petit conseil d’ami (on se permet), même si toute cette histoire de transition écologique vous semble éloignée, il faut désormais inscrire ce paramètre dans votre réalité, que ce soit pour des placements rentables ou des projets de vacances (genre vous avez intérêt à vous grouiller si vous vouliez visiter la banquise).

À lire : Le réchauffement climatique pour les nuls

2) Des activités traditionnelles qui s’érodent

La phrase « on ne peut espérer une croissance infinie dans un monde fini », ça vous parle ? Elle part d’un constat très simple : aujourd’hui, nous consommons des ressources naturelles plus vite qu’elles ne se renouvellent, et le problème s’accentue au fur et à mesure que la population mondiale augmente. Le hic : une grande majorité des activités traditionnelles sont dépendantes de ces ressources. Ce système économique, qui a ouvert les portes de la glorieuse « ère industrielle » (et celle du réchauffement climatique dans le même temps) n’est donc pas viable sur le long terme : certaines activités seront obligatoirement amenées à disparaître ou se réinventer.

D’ailleurs, Novethic a justement publié une étude en 2020, portée sur plus de 700 fonds durables, démontrant qu’au premier trimestre 2020 (soit dans une phase de baisse du marché due à la pandémie), les fonds actions ont connu une baisse nette de 6,5 %, contre 17,5 % pour le CAC 40. Ce qui témoigne d’une meilleure résilience ou rapport rendement-risque de ces fonds. Alors oui, si vous avez bien suivi, vous pourrez dire que fonds durables ne veut pas dire spécifiquement eco-friendly, mais ces chiffres nous donnent quand même un très bon indice de la tendance générale (un peu comme quand votre papy lèche son doigt pour connaître la direction du vent).

Pour résumer, c’est comme pour les cours de sport au collège, il faut choisir la bonne team ! Et le conseil de papy, c’est de miser sur les maillots verts.

3) Une réglementation de plus en plus contraignante

La réglementation des marchés sur lesquels on investit est également un risque important à prendre en compte. Depuis l’Accord de Paris créé en 2015 lors de la COP21, les 195 pays signataires se sont engagés à maintenir le réchauffement climatique en dessous des +2° C d’ici 2100. Et c’est pas de la tarte comme objectif ! Cela demande un durcissement constant des réglementations en faveur de la transition écologique.

D’ailleurs, la Commission européenne a justement publié en 2018 un nouveau plan d’action pour « réorienter les flux financiers vers des investissements durables ». Le règlement SFDR vient d'entrer en vigueur, offrant enfin un cadre européen pour uniformiser les pratiques ESG. Et la France est l’un des pays les plus actifs concernant la finance durable, notamment grâce à l'implication de Paris Europlace, même si des progrès sont encore à faire.

Durant le Climate Finance Day de Paris, toujours en 2018, certains grands acteurs financiers ont également annoncé leur intention de réduire ou stopper leurs investissements dans certains secteurs, comme ceux du charbon et des sables bitumineux. Si elles se généralisent (et elles se développent déjà), ces opérations dites « d’exclusion sectorielle » auront deux effets : le déclin du prix des actions des entreprises visées, et une allocation de nouveaux capitaux vers les entreprises soutenant la transition écologique, et donc favorisant ainsi leurs expansions.

En gros, si on reprend la métaphore du sport, ça veut dire que l’arbitre aussi est du côté des maillots verts. Green is the new black.

Et si le public était également du côté des verts, cela aurait-il des conséquences sur le match ? Bien sûr ! Car en finance, la plus vieille loi du marché, c’est que l’offre s’adapte à la demande. Et la demande change : finie l’époque des « écolos » relous et marginaux, l’importance accordée aux enjeux écologiques gagne du terrain (et c’est pas trop tôt). Dans une étude de septembre 2020 publiée par Odoxa-Aviva France, 9 Français·e sur 10 estimaient qu’il est important qu’une entreprise s’engage dans une économie socialement responsable et écologiquement durable. L'engagement actionnarial est en marche !

Pour les entreprises, il faut donc se mettre au vert pour rester dans le coup : en effet, la réputation est un facteur de risque important pour la performance d’une entreprise ! C’est d’ailleurs pourquoi on observe la multiplication d’actions de greenwashing les plus absurdes (« greenwashing » = terme anglais pour dire que même si vous peignez votre voiture en vert pour faire plus écolo, elle pollue toujours autant). Heureusement, on est de moins en moins dupes (oui, on vous voit !), et pour la finance responsable, les nouveaux labels peuvent nous guider (on t’aime Greenfin).

5) Intégrer un cercle vertueux

On oublie souvent que les impacts du réchauffement climatique ne sont pas uniquement environnementaux, mais également sociaux et économiques. Les changements climatiques coûtent des millions, créent de l’instabilité économique, et augmentent la précarité des populations (et donc réduisent leurs pouvoirs d’achat) : rien de très bon pour le business, en somme. C’est donc un risque important qui pèse sur le système financier (et vos sous, du coup).

Si on résume, investir dans des entreprises ayant une forte empreinte écologique, cela revient un peu à se tirer une balle dans le pied. À l’inverse, investir dans des activités qui soutiennent la transition écologique, c’est investir dans un futur plus stable, durable, et donc plus avantageux pour vos petites affaires.

« Planifiez votre futur, car c’est là que vous passerez le reste de votre vie » disait Mark Twain : à méditer.

L'essentiel

Qu'est-ce qu'un investissement responsable ? C'est un placement d'épargne qui repose sur l'analyse de critères extra-financiers sociaux, environnementaux et de gouvernance en plus d'une analyse de performance financière.

Comment s'assurer de la qualité "verte" d'un fonds d'investissement ? Il n'y a pas de vérité générale mais les labels (Greenfin, ISR) et le règlement européen SFDR donnent des informations essentielles pour évaluer la qualité verte d'un fonds d'investissement. On peut aussi faire confiance à des entreprises spécialisées comme Carbone 4 Finance ou Vigeo dont la notation extra-financière est le cœur de métier.

L'investissement durable est-il rentable ? Les dérèglements climatiques actuels, l'attrait croissant des consommateurs et consommatrices pour ces sujets et les performances récentes des fonds durables sont autant de raisons qui prouvent la robustesse actuelle et future de l'investissement durable.